Une belle soirée turque!
Je crois avoir perçu à nouveau une excellente façon de passer ses soirées autrement que sous l'influence de l'alcool. Et mieux encore, quand on cherche à faire quelque chose de différent, on se retrouve à connaître quelque chose de vraiment différent. Pour illustrer le contexte, imaginez un gars de 36 ans, accompagné de deux belles filles de 19 et 20 ans...ouhouhou, j'entend déjà les commentaires! Naaaan, mes copines demeurent mes copines, Audrey m'a invité plus tôt cette semaine, ainsi qu'Émilie, sa grande amie fusionnelle, à aller fumer la shisha dans un café turc, la Gitane, sur la rue Saint-Denis. L'occasion a été belle pour connaître un autre endroit de la « montréalité ». On a bien rigolé ensemble, en attendant les autres amis qui se sont décommandés à la dernière minute, sauf Julien, le chum d'Audrey, venu nous rejoindre un peu plus tard. J'ai eu un beau compliment d'Audrey, vers la fin de la soirée. On tentait d'expliquer pourquoi on s'entend si bien, malgré les multiples différences entre nous: « dans le fond, tu as 20 ans dans ta tête ». Voilà, c'est la même chose que je ressent, même si l'image que me renvoie le miroir, quand je me rase le matin m'indique un certain viellissement. Les temps qui grisonnent très lentement, un menton de la trentaine, mais pour les reste, ça se maintien.
Et puis la shisha, ça vaut l'essai, même pour le non-fumeur de toujours que je suis. Le petit buzz que ressent l'accro à la nicotine, je l'ai ressenti amplement hier, avec le goût de la pomme et du citron, les saveurs que nous avons choisi. Rien de rude pour la gorge, la fumée que nous aspirons dans le narguilé passe par l'eau. Accompagné de la tisane au pomme à la turque, la sensation est parfaite. Avec l'ambiance de café moyen-oriental que l'établissement a tenté de recréer, la soirée est loin d'être banale, avec la musique arabo-turque jouée à plein tube. Ça s'est mis à danser dans les allées, c'est tout dire.. Ça m'a changé des Foufs et du punk que j'écoute tout le temps.
Être jeune à 36 ans.
L'évidence même. C'est loin d'être vieux, cet âge. Je commence peut-être à sentir des limites, notamment sur ma capacité de récupérer d'une grosse soirée de bière et de pizza, ou encore les rhumatismes lorsqu'il fait très humide, sur les jointures de mes doigts et mes genoux. Quand je constate jusqu'où on peut aller, avec la dame Winnifred Bertrand, qui nous a quitté hier à 115 ans, je n'ai pas à m'inquiéter sur le fait d'être vieux ou non. Et quand j'ai vu l'entrevue d'Henri Salvador à « Tout le monde en parle » l'an dernier, toujours là à chanter et à rire comme il le fait, je me dit qu'il faut que j'en profite. La platitude à répéter, c'est que la jeunesse, c'est entre les deux oreilles. Je ris quand je vois les Denis Drolet faire les pitres, j'ai été dans le trash à Conflict, je réagis toujours promptement devant l'injustice, la course à l'enrichissement me rebute, je m'habille presque tout le temps d'un style entre le punk et le metal...est-ce que ça veux dire quelque chose? Je vois que je ne change pas, de mes vingt à trente ans. Cependant, je ne pourrais accepter de me faire traiter d'immature. On confond trop souvent l'immaturité à la jeunesse. Je me vois comme mature, sans aucun doute. Les immatures, c'est une autre catégorie. Des gars qui sacrifient leur vie familiale, pour aller travailler davantage afin de pouvoir payer rapidement non pas un confort supplémentaire à leur femme et leurs enfants, mais pour se payer leur jouet d'adulte, le gros Jeep avec des pneus monstrueux ou la moto sport en plastique avec le moteur ultra-puissant. L'ex-conjoint d'une de mes cousines, c'était son genre. De l'immaturité, c'est aussi refuser d'aller voter, puis se plaindre que les politiques publiques ne nous conviennent pas, voire que la démocratie ne convient plus et ce qu'il nous faudrait, c'est un dictateur... Les aigris des lignes ouvertes, les fans des démagogues à la Jeff Filion, la base de toutes les dictatures, la catégorie que je trouve la plus immature dans notre société.
Ou encore les jeunes vieux. Ceux qui ne s'amusent plus depuis un moment dans leur vie, sauf pour vous faire la leçon, avec un air méprisant[1]. Je n'ai pas beaucoup de ce type de personne dans mon entourage. Les gars qui font plus vieux que moi, avant même d'avoir eu trente ans, avec le souci d'avoir toujours l'air sérieux, un look de Robert Bourassa, avec la mentalité de Claude Ryan[2]. Je les vois dans le métro, le cou coincé sous une cravate, dénués d'émotion. Ou encore les filles qui s'oblige à adopter un look très cliché de « matante ». Ça ne veut strictement rien dire, ces apparences de respectabilité. Martin Lacroix, l'escroc à la tête de Norbourg, il avait une bonne tête, tout le côté dignitaire et homme de confiance, ça ne l'a pas empêché de commettre ses crimes au détriment de la retraites d'honnêtes personnes. Et Martha Stewart, quelle bassesse elle a fait, pour sauver un petit 50 000 dollars, de l'argent de poche pour elle? Et Jeffrey Skilling, avec son comparse Kenneth Lay, à la tête d'Enron et du scandale, des milliers d'employés floués, avec du vent comme fond de retraite? Qu'on ne vienne plus me dire que l'habit fait le moine! Souvent, ces jeunes gens bien mis et trop sérieux dès leur vingtaine finissent par être rattrapés par ce qu'ils ont manqué des années plus tôt. Ils se refusent d'admettre que la pression est trop forte, les voilà qui s'échappent ailleurs, les dépenses inconsidérées, les tromperies, les paradis artificiels, toutes sorte de dérapes admise à un âge plus jeune[3], mais dont les effets sont plus dévastateurs lorsque ça arrive plus loin dans sa vie.
J'ai fait une dépression, qui a duré à peu près deux ans. Parfois, je ressent encore les prémisses mais j'essaie de combattre ces symptôme, en assumant ce que je suis. C'est pourquoi j'ai décidé que je ne changerais pas mon apparence, pour toute ces questions aussi vaines que celles exposée plus haut. Je demeure moi-même, au bout des ongles. Mes semblables qui pètent les plombs, je les comprend tellement bien désormais, je leur souhaite qu'ils réalisent que l'adoption de règles incompatibles avec leur vie, ou encore une fausse discipline qui les oblige à apparaître ce qu'ils ne sont pas, c'est la voie tracée vers l'abîme. Je peux vous dire, deux ans à prendre la dose maximale d'Effexor, un anti-dépresseur à effets secondaires remarquables, ça laisse des traces. Pas de libido, 25 livres de surplus de poids, des crises de colère à répétition, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi.
Je viens de me relire, hé bien! J'ai fait dans la grosse morale, wow! Je ne me connaissais pas comme ça!

[1] « Décroches, tu vois bien que ce n'est plus de ton âge... », on m'envoie parfois cette réplique. Un de mes amis les plus proches me sert aussi le laïus, mais lui c'est pour d'autres raisons obscures.
[2]Pourtant, ces deux-là pouvaient encore s'amuser un peu, comme on a fini par le savoir après leur retraite, sous leur apparente austérité se cachaient des gens plus sympathiques. C'est un de leur adversaire qui l'écrit.